VERS UN FRONT ANTI LOI TRAVAIL ACTE II ?

12/09/2017 – Certes, les chiffres ne sont pas encore vertigineux. Du genre de ceux qui ont fait du Havre la capitale de la grève contre la loi El Khomri en 2016. Cependant, au vu de ce qui était prédit par les experts, cette 1ere journée de mobilisation a tout d’une réussite. Au point d’insuffler une dynamique durable contre la loi travail ? La France entière suit le mouvement après tout.

CONTENU EDITORIAL

10 000 personnes selont les syndicats ont manifesté dans les rues du Havre mardi 12 septembre. Franchement, on n’osait pas le dire dans le compte rendu de la manifestation, mais ce n’est pas mal du tout. D’une part parce que les syndicats n’avaient rassemblé que 300 personnes au mois de juin (ça, on l’a écrit). Mais aussi parce que, en comparaison des mobilisations références de 2016, l’entrée en matière est bien plus réussie. On l’oublie mais en avril 2016, les manifestations havraises rassemblaient 1 200 personnes contre la loi El Khomri. Bien loin des pics à 40 000 observés en juin. Le début d’une tempête pour le gouvernement Philippe ?

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LOI TRAVAIL: UNE MOBILISATION EN AMONT QUI PAYE ?

On a été très sceptique au printemps quand l’union des syndicats du Havre s’élevait déjà contre la future réforme du travail. Certes, il s’agissait d’un point important du programme d’Emmanuel Macron devenu Président de la République. Mais de là à se manifester avant même qu’on en connaisse le contenu… D’ailleurs, l’échec du 27 juin a montré d’une certaine manière que cette stratégie ne touchait pas plus que cela. On avait presque été gêné de la manière avec laquelle ils avaient interpellé Béatrice Delamotte. La candidate de La République En Marche (LREM) avait été violemment prise à partie sur le programme qu’elle comptait soutenir.

Pourtant, à leur décharge, les 1eres annonces faites par le Premier Ministre Edouard Philippe et la Ministre du Travail Muriel Pénicaux les ont servis. Une aubaine dans la mesure où ils se sont mis vent debout avant même le début des concertations. Certes, de nouvelles concertations ont eu lieu en août. Mais les principaux points d’achoppement pour CGT, Solidaires, FSU et UNEF sont restés. En l’occurence, on parle ici du plafonnement des indemnités prud’hommales et des conditions d’accord d’entreprise. Le coeur de la réforme, quoi. Vu comme ça, les syndicats du Havre comme ailleurs ne prenaient pas trop de risques à prendre les armes dès mai.

LE HAVRE: PAS UN CAS ISOLE SUR LA LOI TRAVAIL

Si la mobilisation de ce 12 septembre a été vécue comme une réussite au Havre, elle n’est pas un cas isolé. A Paris, Lyon ou même dans des villes plus modestes comme Saint-Malo, les manifestants sont venus en nombre. Point commun ? L’absence de la CFDT et de FO (du moins en partie. Mais aussi et surtout une intersyndicale nationale similaire à celle menée au Havre depuis 2016. En effet, CGT, FSU, UNEF et Solidaires se sont affichés unis dans toute la France. Dépassant les attentes ainsi les attentes quant à la participation attendue.

Tout l’enjeu sera donc de voir si le mouvement peut prendre de l’ampleur sur cette base. Et si on se réfère au précédent de 2016, il part sur des bases bien plus élevées. Comme dit précédemment, Le Havre ne rassemblait que 1 200 personnes au début de ce mouvement en avril. C’est 10 fois plus cette fois-ci. Puis une nouvelle journée de mobilisation est d’ores et déjà prévue par les syndicats le 21 septembre. Ca tombe bien, c’est ce jour là que Edouard Philippe doit annoncer la mise en vigueur des ordonnances Macron. Une soirée est de plus annoncée ce même jour à Harfleur. Les députés France Insoumise François Ruffin et PCF Jean-Paul Lecoq puis le militant du Nouveau Parti Anti-Capitaliste Philippe Poutou sont annoncés. Le région havraise est donc bien partie pour reprendre son statut de capitale de la grève.

LOI TRAVAIL: L’OPPOSITION POLITIQUE S’EN MÊLE

Mais comme la soirée organisée à Harfleur le laisse entendre, les syndicats ne sont pas les seuls à porter la contestation. Et c’est peut-être là que la division règne le plus. En effet, le Parti Communiste (PCF) était dans le cortège pour les soutenir dans les rues du Havre. Un atout de poids, certes. Mais quand on sait que France Insoumise a déjà prévu une journée de mobilisation le 23 septembre… La question est donc de savoir si ces forces politiques qui ne peuvent pas se voir pourront mettre leurs intérêts communs en 1ere ligne. Pour la secrétaire départementale du PCF, l’envie est là en façade.

“Nous, on veut la réussite de ce mouvement donc on discute entre nous sur le sujet. Il y aura la fête de l’Huma qui va rassembler beaucoup de monde et surtout des jeunes et bien sûr les ordonnances seront au centre des tables rondes. On veut que le 23 rassemble le plus largement possible. Il faut donc que les Insoumis soient disposés à ce que l’on soit ensemble et pas eux devant et nous derrière”

A priori, ce n’est pas gagné. Quant aux syndicats, on doute toujours de leur soi-disant non-implication dans le champ politique mais là, elle est claire et nette. Surtout quand on écoute Reynald Kubecki, co-secrétaire de l’union des syndicats CGT du Havre. Particulièrement sur cette fameuse date du 23 septembre.

“Le 23, la CGT se mobilise traditionnellement pour le paix. Donc moi, je serai à l’Hôtel de Ville pour ça”

D’accord… On concluera donc ainsi: la mobilisation du 12 septembre contre la loi travail est une réussite pour les syndicats. Mais le 21 septembre devra le confirmer au Havre comme ailleurs. Même si tous les nuages visibles à l’horizon ne sont pas (encore ?) dispersés.