TPE: DIVISER POUR MIEUX REGNER ?

4/01/2017 – Les élections des représentants syndicaux dans les TPE sont un exemple de la place croissante que prend la démocratie au sein des entreprises. Mais voilà, parfois, trop de démocratie tue la démocratie…

CONTENU EDITORIAL

Attention, l’idée n’est pas de dénigrer la démocratie. L’usage que l’on en fait, c’est une autre histoire. A titre personnel, j’ai toujours pensé que le scrutin à la proportionnel, bien que plus représentatif, était le plus instable. L’Histoire l’a montré en France sous la IVe République et le montre encore aujourd’hui en Espagne ou en Grèce. A partir de cette observation, comment le Ministère du Travail et de l’Emploi peut-il penser qu’une élection des représentants syndicaux à la proportionnelle les renforceraient ? Elle pose certes la légitimité des syndicats élus mais les divise puisqu’ils doivent composer les uns avec les autres. Ne serait-ce que pour reprendre l’exemple du scrutin des TPE ayant lieu en ce moment, celui de 2012 a accouché d’une majorité relative pour la CGT (29%) suivi de la CFDT (19%) et de Force Ouvrière (15%). Comment dégager une coalition stable quand on connaît les divergences plus ou moins fortes qui existent entre ces syndicats ? Comment faire bloc pour défendre les salariés (ou juste emmerder le monde, ça dépend des fois) quand ils doivent ensuite faire face à un patronnat rassemblé autour du MEDEF et de la CGPME ?

C'est quoi ces élections ?

Car l’offre ne manque pas. En Normandie, 22 forces syndicales se présentent aux suffrages des salariés dans les entreprises dont l’effectif n’en dépasse pas 11. Il y a les puissances historiques citées plus haut mais il y a aussi les outsiders (CFTC, Solidaires, les CNT), la CFE-CGC dédiée aux cadres et enfin des rassemblements plus corporatistes (dont le Syndicat des Travailleurs Corses dont on se demande bien ce qu’ils fait là…). Ajoutez à cette multiplicité de choix les programmes (le Ministère du Travail a intitulé les fichiers “propagande” mais je préfère dire “programme”) qui vont avec et vous obtenez tout simplement un sacré mic-mac.

MAIS ON PEUT ENCORE ALLER PLUS LOIN…

Si cet émiettement annoncé ne devrait pas avoir de équence sur la constitution du conseil des prud’hommes qui se fait via ce scrutin, il en va autrement pour celle de la Commission Régionale Paritaire Interprofessionnelle (CPRI). Celle-ci aura des missions de médiation et de conseil auprès des entreprises et sera constitué de 10 représentants syndicaux et 10 représentants patronaux. Suivez ma logique… Mais le non-sens (presque) total revient au poids de cette élection dans les TPE puisque son résultat sera ensuite reversé dans ceux des élections professionnelles effectué dans les entreprises de plus 11 salariés  et des chambres d’agriculture. Si le secteur agricole possède un nombre limité de syndicats, la situation dans les PME (Petites et Moyennes Entreprises) et grandes entreprises est comparable à celle que connaissent les TPE en terme de représentation.

DES SYNDICATS AFFAIBLIS

A l’heure où la loi travail donne plus de poids aux accords de branche et d’entreprise, les salariés ont tout à gagner à se ranger derrière une représentation restreinte. Finalement, ce n’est pas réellement le type de scrutin qui pose problème en soi. La division croissante des syndicats au cours des 50 dernières années qui les a affaiblis. Quand on voit qu’aucune force n’est capable de ranger derrière elle une majorité absolue de salariés… Pire ! Quand on voit que les divergences sont de plus en plus fortes entre réformistes, révolutionnaires et simples contestataires alors qu’ils sont tous d’accord pour s’opposer à un patronnat à l’organisation restreinte et aux divergences limitées, le mode scrutin à la proportionnelle de la représentation syndicale ne fait que mettre en exergue cette division et donc impuissance de la représentation salariale. Et celle-ci est en partie responsable du recul des droits sociaux opérés ces dernières années.

Crédit photo: Clément Gruin (Wikimedia, CC-BY-SA 4.0)

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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