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17/10/2017 – L’accès au port du Havre par le fleuve est un vieux serpent de mer. Puis là, comme ça, POUM ! Une concertation publique sur le sujet arrive dans les règles de l’art. Une concertation ambitieuse et préparée en amont. Le tout afin d’aboutir à une décision définitive avant l’été 2018.

CONFERENCE DE PRESSE

Relier le port du Havre au fleuve… Voici un sujet qui agite la communauté portuaire depuis une bonne vingtaine d’années. Il s’agit d’ailleurs d’un axe prioritaire réclamé par les entreprises concernées. Voici donc une nouvelle qui devrait les réjouir, quoique… Une concertation publique s’ouvre à partir du 20 octobre sur l’ensemble de l’Axe Seine.

LE PORT ET LA SEINE: JE T’AIME MOI NON PLUS

Les travaux de Port 2000 ont été approuvés en 1999 et terminés en 2006. Mais l’idée d’une chatière avait déjà été évoquée dès 1998 lors de la concertation publique qui finalement abouti au projet. La chatière consistait ainsi à prolonger les digues du port vers le nord. Objectif: installer une entrée directement à l’embouchure de la Seine. Mais le projet retenu n’incluait pas alors cette possibilité. Aujourd’hui, seules 6 barges bien équipées peuvent accéder au port via un détour en mer. Ensuite, dès 2003, une autre alternative a été mise à l’étude. Mais elle a été vite abandonnée du fait de son coût (200 millions d’euros). Et depuis ? Plus rien. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Union Maritime et Portuaire (UMEP) a fulminé en début d’année.

A lire: l'UMEP veut sa chatière et ça et ça

LA SURPRISE DU PORT DU HAVRE

C’est donc avec surprise qu’on a appris la tenue d’une conférence de presse jeudi 12 octobre au Port Center du Havre. Les ports du Havre, Rouen et Paris y ont annoncé la tenue d’une concertation publique sur le sujet. Tiens donc. D’autant plus que la démarche a été préparée dès 2016 en coulisses. C’est du moins ce qu’affirme Baptiste Maurand, directeur général adjoint du port du Havre.

“On a débuté un cycle de 3 réunions en 2016 afin d’établir l’ensemble des solutions possibles pour relier le port à la Seine. En juillet, ces réunions ont abouti à 3 solutions qui ont été retenues. On a donc ensuite saisi la Commission Nationale du Débat Public”

Celle-ci s’organise selon un calendrier bien établi. En effet, 4 réunions publiques sont prévues entre Le Havre et Paris à partir du 8 novembre. La 1ere et la 4eme doivent se tenir aux Docks Oceane du Havre les 8 novembre et 18 décembre à 19h. Entre ces 2 rendez-vous, une a lieu au Hangar 10 de Rouen le 13 novembre tandis que Paris accueille la 3e au salon Nework le 4 décembre. De plus, HAROPA s’engage à ouvrir un site internet à partir du 20 octobre pour rendre compte de toutes les informations et de la tenue des réunions. Des contributions pourront être faites sur cette plate-forme.

LLa Commission Nationale du Débat Public (CNDP) a aussi nommé une garante en la personne de Marianne Azario. Ceci afin que la concertation soit la plus équilibrée et impartiale entre citoyens, acteurs économiques et dirigeants du port. Ce gros mois de concertation. Le tout pour aboutir à une 2e phase en 2018 expliquée par Baptiste Maurand.

“Il s’agit d’un processus encadré par la loi. La CNDP a 1 mois pour rendre son rapport. Ensuite, HAROPA a 3 mois pour s’exprimer sur les orientations. Nous pensons établir les modalités à l’horizon du 1er semestre 2018”

A lire: la concertation selon HAROPA (édito)

DU PORT AU FLEUVE: COMMENT ON FAIT ?

Une fois qu’on a dit ça, quelles solutions s’offrent aux possibles participants de la concertation ? Comme dit plus haut, il y en a 3. La 1ere d’entre elles est donc la fameuse chatière qui ressort des cartons. Cette option coûterait au port du Havre la bagatelle de 100 millions d’euros. La 2e résiderait dans l’extension du terminal multimodal mis en service fin 2016. La plupart des travaux nécessaires étant déjà prémâchés, il n’en coûterait “que” 23 millions d’euros. De plus, cette solution offrirait l’avantage de booster le recours au fret ferroviaire. C’est envisageable depuis que l’électrification du tronçon Serqueux-Gisors a été confirmé en début d’année. Enfin, le dernier scénario consisterait juste en une “optimisation” des infrastructures déjà existantes. Pour Antoine Berbain, directeur général délégué de HAROPA, “optimiser” revêt d’ailleurs plusieurs aspects.

“On est sur du soft. Quand on dit ‘optimiser’, on pense aux infrastructures mais aussi aux façons de faire. Finalement, il s’agit surtout d’optimiser les coûts financiers sur les bateaux et les manoeuvres”

Une option qui aurait l’intérêt de n’engager aucun investissement. En effet, il s’agirait juste de revoir l’organisation des chargements et déchargements et d’ajuster les barges fluviales. Car actuellement, toutes ne sont pas habilitées à sortir, même brièvement, en mer comme le fonctionnement actuel le demande. Au contraire, un investissement à 100 millions d’euros supposerait que les entreprises utilisatrices de la chatière payent une sorte de péage pour la rentabiliser. Et ce même si des financements de la Région et de l’Europe sont possibles. C’est d’ailleurs ce qu’explique Baptiste Maurand.

“A la fin, on fera les comptes et le port prendra une décision éclairée par le débat public (…) Le contrat Etat/Région soutenu à 50% par l’Europe a été établi pour la période 2017-2020 et sera revu à mi-parcours soit courant 2018. Donc on est dans les temps pour être financé”

Quoiqu’il en soit, chacun de ces 3 propositions permettent d’arriver au même objectif. Actuellement, 9% des marchandises transitant par le port du Havre le font par la Seine. Les dispositions que le port prendra devrait faire grimper ce chiffre à 14% et limiter ainsi le recours au transport routier. En attendant, comment on fait pour intéresser le profane sur un sujet pareil ?

Photo: Vue aérienne du port du Havre (crédit HAROPA)