SINON AU SENAT, CA VA MME CANAYER ?

19/09/2017 – Agnès Canayer tient tellement à conserver un ancrage local qu’on en oublierait presque son mandat premier. Sénatrice de Seine Maritime, notre rencontre a permis de faire un peu la lumière sur le travail de cette Chambre. Et ce surtout au travers du sien. Car là-bas aussi, les sujets en lien avec la vie locale sont nombreux. Mais pas que.

CONTENU EDITORIAL

Est-ce vraiment un contenu éditorial que nous vous proposons ici ? Pas vraiment dans la mesure où il s’agit de la continuité directe de l’interview effectuée avec Agnès Canayer. Pourtant, il s’agit aussi de la partie où on s’est permis de poser des questions plus polémiques à la sénatrice. Des questions qui ont eu le mérite de déporter les propos sur le Sénat en lui-même sans pour autant délaisser les sujets locaux. Une façon aussi de jouer la partition Seinomedia face à un discours somme toute bien rôdé.

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CANAYER-FIRMIN-PHILIPPE: LE HAVRE EN FORCE

C’est une situation inédite d’avoir un représentant havrais dans 3 des instances majeures nationales. Enfin, surtout quand l’un d’eux est chef du gouvernement. Ainsi, Edouard Philippe, puisque c’est bien de lui qu’on parle, peut s’appuyer sur 1 relais de confiance dans chaque chambre législative. Agnès Canayer au Sénat donc. Mais aussi Agnès Firmin-Le Bodo à l’Assemblée Nationale. Surtout qu’on pourrait presque se dire que la répartition des rôles a été concertée. Agnès Firmin-Le Bodo a en effet repris un rôle de conseillère départementale. De son côté, Agnès Canayer reste conseillère municipale et communautaire. Pourtant, ce serait une erreur de le croire d’après la sénatrice.

“C’est plutôt une complémentarité. Déjà, avoir 2 parlementaires sur un même territoire, c’est une force. D’autant plus quand ils sont dans 2 chambres. Car le parlement français tire sa force de la complémentarité entre ces 2 chambres qui ne sont pas des clones”

Effectivement, Agnès Canayer l’admet, le Sénat est “moins connu, moins en 1ere ligne mais plus dans la réflexion”. Mais justement, c’est ce qui attise la curiosité dans la situation actuelle d’avoir ces 2 parlementaires dans ces 2 instances. Mais non, le choix de la répartition s’est plutôt fait d’elle-même d’après la sénatrice sur la base du passé politique et des aspirations de chacune.

Et ce tout en étant des soutiens indéfectibles du Premier Ministre en plus d’en être des proches. Des soutiens qui n’hésiteront pas à s’en faire les relais pour expliquer sa méthode et ses valeurs à leur groupe. Un relais bienvenu à l’heure où la cote de popularité d’Edouard Philippe s’étiolle dans les sondages.

SENATORIALES ET RENOUVELLEMENT POLITIQUE: L’AUTRE ACTUALITE

Mais l’intérêt de cette rentrée parlementaire réside aussi dans les futures élections sénatoriales de fin septembre. En effet, la chambre est renouvelée de moitié tous les 2 ans. Agnès Canayer n’est donc pas concernée puisqu’elle arrive à mi-mandat. Cette élection pourrait paraître anecdotique dans la mesure où ce sont les élus locaux qui votent pour les candidats. Encore plus après l’année électorale qui vient de s’écouler. Mais justement, cette année électorale n’a pas été comme les autres. On a effectivement assisté à une redistribution des cartes sans précédent dans le paysage politique. Pourtant, Agnès Canayer ne semble pas croire que ces chamboulements vont arriver jusqu’au Sénat. Même si des élus de La République En Marche (LREM) devraient faire leur entrée.

“Le scrutin indirect des sénatoriales fait que les choses ne sont pas aussi directes qu’à l’Assemblée Nationale. Je ne m’attends pas à un tsunami LREM. Mais je ne n’ai pas de boule de crystal non plus. Les élus locaux sont indépendants et ce sont plutôt leurs idées personnelles qui ressortiront des urnes”

En fait, la grande question qui agite au vu des débats internes qui agitent certains partis, c’est plutôt la constitution de nouveaux groupes. Quelque chose comme un groupe Les Constructifs que Agnès Firmin-Le Bodo a rejoint à l’Assemblée Nationale. Alors là…

“J’aurai peut-être un choix à faire mais aujourd’hui, je reste dans ma famille politique qui est Les Républicains. Un groupe Constructif au Sénat aurait moins de sens. Par nature, le Sénat est constructif. Sinon, il se serait systématiquement opposé à la politique du gouvernement précédent”

D’ailleurs, en ce qui concerne la politique du gouvernement actuel, Agnès Canayer semble s’y retrouver. Quoique là encore, elle ne veut pas trop s’avancer.

“Pour l’instant, les engagements pris sont conformes à mes attentes, oui. D’autant que je connais bien le Premier Ministre, son engagement et sa volonté de servir l’intérêt général. Maintenant, ce qui compte, ce sont les résultats. C’est le pragmatisme des élus locaux au Sénat. On veut que ça marche. C’est là où je serai vigilante”

Séduite par le projet mais vigilante… Certes, il semble que ce soit la philosophie générale du Sénat. Ca rappelle aussi le discours d’Agnès Firmin-Le Bodo et Sébastien Tasserie lors de leur campagne législative. Avec la suite que l’on connaît.

Quoiqu’il en soit, elle ne voit pas son quotidien chamboulé à l’issue des élections du 24 septembre prochain. Le bilan de la majorité actuelle lui semble suffisamment satisfaisant.

“J’ai bon espoir que la droite reste majoritaire. Nous avons un bon président, Gérard Larcher, qui est bien ancré dans les collectivités. On a anticipé les changements de l’été notamment en matière de moralisation de la vie publique. Et il faut aussi dire que le Sénat a beaucoup évolué sous sa présidence”

FINALEMENT, AGNES CANAYER AU SENAT, CA DONNE QUOI ?

Mais bien sûr que non. On n’allait pas oublier d’aborder le bilan des 3 premières années de mandat d’Agnès Canayer. Une petite projection sur les 3 suivantes non plus d’ailleurs. C’est ainsi au regard de ce bilan que la proximité avec la politique envisagée par le gouvernement s’est faite. En effet, quand on vous parle de développement économique du territoire et surtout de simplification des normes de l’urbanisme, la connexion se fait tout de suite. Un travail qui a cependant pu être engagé suite à une connaissance accrue des élus locaux.

Finalement, on pourrait presque penser que les gros dossiers arrivent maintenant pour Agnès Canayer. Et ce bien qu’elle se soit déjà posée sur les affaires sociales au sein de sa commission sénatoriale avec notamment le vieillissement ou l’emploi des jeunes. Justement, l’emploi des jeunes est un sujet d’actualité. La suppression récente des contrats aidés ne devrait pas aider. Ce n’est pourtant pas l’avis d’Agnès Canayer.

“C’est surtout la brutalité de l’annonce qui a fait débat. Personnellement, je pense qu’il ne faut pas pervertir le système même s’il faut reconnaître que les associations et les communes rurales ont peu de moyens. Moi, je me bats pour que les contrats soient utiles aux jeunes et s’accompagnent d’une vraie politique d’insertion. Cela reviendra de toute façon, j’ai vu Muriel Pénicaud à ce sujet”

Autre enjeu important pour la sénatrice de Seine Maritime: l’Axe-Seine bien sûr. Pour elle, il s’agit donc pour cela d’activer certains leviers mais aussi et surtout de faire prendre conscience de cet enjeu.

“J’ai fait venir le 22 juin dernier la délégation aux entreprises du Sénat pour que les sénateurs comprennent les enjeux du port du Havre et pas seulement. Parce qu’il faut qu’une politique maritime soit portée au niveau national”

Ainsi, Agnès Canayer espère bien convaincre ses collègues parlementaires mais aussi au gouvernement. Il faut pour cela “faire sauter les verrous législatifs en matière de fiscalité, de domanialité et de gouvernance”. Des idées qui ressemblent curieusement au plan Seine Port Europe porté par la communauté portuaire (UMEP) du Havre depuis janvier…

“Le rôle d’un parlementaire, c’est de réunir tous les acteurs. Je ne suis pas là pour porter les demandes de l’UMEP ou des transitaires. Mon intérêt premier, c’est le port du Havre. Pour cela, il faut que toutes les voix soient entendues”

Autant dire que les échéances à venir s’annoncent chargées. Même s’il faudra attendre un peu pour y voir plus clair dans tout ce qui est considération purement politicienne. En attendant, les dossiers sur lesquels compte plancher Agnès Canayer sont déjà assez costauds. Du coup, on suivra leur évolution avec attention.

Photo: Romain Vincens, L’hémicycle du Sénat français en septembre 2009, Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 (non transposée)

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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