A la rencontre d’autres Humains en etat de marche

Le projet Humains en etat de marche poursuit son périple à Ouagadougou au Burkina Faso. Après une 1ere phase remarquable au Havre, son porteur Jérôme Boyer (photo) nous fait vivre son voyage et ses rencontres. Une sorte de journal pour mieux saisir l'essence de ce projet made in Le Havre.





HUMAINS EN ETAT DE MARCHE – ETAPE 2 JOUR 1

06 septembre 2018 : réveil 05H00 (Heure local) 07H00 en France.

07H30 Nous quittons la chambre. Arrivés à la nuit tombée, nous avons gagné la résidence sans trop percevoir notre environnement. Je ne connais pas Ouaga, je connais un quartier de Ouaga pour l'avoir découvert en février dernier. En parcourant les premiers mètres, en dehors de cette résidence, je sais que ce quartier est loin de ce que j'ai déjà connu ici. Je suis un peu perdu. Mon 1er objectif est de rejoindre le quartier dans lequel j'ai baigné durant 10 jours, à l'occasion du Festival Rendez-vous chez nous. J'ai peu de repères, pas vraiment d'adresse mais nous trouvons 1 taxi qui nous promet de nous amener à bon port avec le peu d'éléments en ma possession.

Finalement, 8 km nous séparent de la résidence dans laquelle nous séjournons et le quartier Gounghin dans lequel je vais retrouver des personnes avec lesquelles j'ai lié amitié durant mon 1er séjour. Pour ce projet, j'ai comme objectif de rencontrer des personnes qui témoignent d'une foi inébranlable en la vie. Des personnes qui font preuve de clairvoyance, de sagesse d'esprit, d'une grande disponibilité, humilité, humanité pour les autres. Ce projet Humains en état de marche, je veux le traiter à partir de ces témoignages, de ces portraits de vie qui donnent espoir dans la lutte contre ces extrêmes qui prennent la vie, provoquent peur, déstabilisation, méfiance et rejet de l'autre.

Je suis un Humain en état de marche venu à la rencontre d'autres Humains en état de marche ....



HUMAINS EN ETAT DE MARCHE – ETAPE 2 – Jour 2

07 septembre 2018

Couché tôt/levé tôt – Finalement ce jet lag que je pensais supportable, affecte quelque peu mon énergie et mon rythme de sommeil. Il faut prendre le temps aussi de digérer cette première journée riche en retrouvailles et émotions. Je n'aime pas écrire pour écrire. Je dois trouver à la fois l'intérêt de cela mais aussi de la cohérence dans mes propos et ce n'est pas toujours simple de résumer ce à quoi l'on pense lorsque l'on pense tout le temps. Ce pays stimule tous tes sens, c'est indéniable et pour quelqu'un comme moi, la sensation d'être confronté à trop d'informations déclenche un sentiment d'oppression qui annihile ma réflexion.

Le premier sens, c'est l'ouïe, toujours en action. Ce dernier est indispensable afin d'éviter de te faire renverser par une voiture ou un scooter tant la circulation est dense et que les trottoirs sont bien loin de nos sols bitumés qui servent de remparts aux véhicules. Quand ils existent, ils font usage de commerces en tout genre ou d'ateliers de réparation... pour les scooters. Le centre ville de Ouaga est bruyant et n'aide ni à la réflexion (expliqué ci dessus) ni à la contemplation. En même temps, ça tombe bien puisque nous ne sommes pas là pour cela.

Je dois appeler KPG, un artiste que j'ai croisé ici à Ouaga et en France dans les festivals de théâtre de rue. J'aime cet artiste et j'apprécie l'homme que je ne connais pas encore très bien. Il est auteur, metteur en scène, comédien, chanteur, musicien. Il fait partit de ceux que l'on appelle parfois avec fascination et/ou mépris par chez nous, les artistes « touche à tout »...

J'appelle KPG à 11H30 pour lui proposer de se rencontrer. 15 minutes plus tard, nous sommes dans sa voiture pour aller chercher sa fille à l'école. En chemin, nous prenons le temps d'échanger sur les raisons qui m'ont porté de nouveau jusqu'au Burkina et jusqu'à lui. Nous sommes connectés, attentifs aux idées, critiques du projet Humains en état de marche. Je lui présente l'idée principale et KPG démonte mon optimisme en 3 secondes.

« Si tu fais un spectacle sur les gens qui souffrent de cette radicalisation, les gens ne te suivront pas. Ici, dans la rue, les gens veulent pouvoir sourire, se détendre. Si tu viens nous montrer la violence que nous connaissons et dont nous sommes conscients, ça ne prendra pas. Et puis, la vérité, c'est qu'un seul des attentat dont notre pays a été victime a été revendiqué par les terroristes. Les autres attentats sont des actes de représailles. C'est une réalité qu'il faut savoir pour comprendre... »

Je lui explique que rien n'est arrêté dans la forme et que je suis là pour trouver la matière à mon propos et que la question du traitement sera le résultat de cette collecte de témoignages, d'observations, de nouvelles rencontres...

KPG me propose d'aller chez lui afin de poursuivre cet échange car nous devons pouvons pousser l'un et l'autre, notre curiosité à découvrir ce qui nous motive dans ce projet et ce que nous imaginons pour cette création. C'est exactement l'objectif de cette résidence au Burkina. Trouver une écriture commune pour ne pas dénaturer les propos et les implications de chacun. J'ai besoin de savoir et ce savoir s'acquiert en faisant les rencontres nécessaires à la bonne lecture d'un projet qui se veut le plus fidèle possible dans la restitution de « cette parole ».

Les précautions d'usage sur un sujet tel que la radicalisation n'ont pas de place ici. Il faut parler de tout et surtout accepter d'écouter. C'est sans doute l'exercice le plus difficile pour moi...

A suivre...

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