POLE METROPOLITAIN DE L’ESTUAIRE: UN COMPROMIS POLITIQUE ET TERRITORIAL

2/01/2017 – Le pôle métropolitain de l’Estuaire est est une réalité depuis le 1er janvier. Pourtant, on est encore loin des ambitions portées par l’ex-maire du Havre Antoine Rufenacht en 1998.

CONTENU EDITORIAL

Quand Antoine Rufenacht crée autour de lui le comité des élus de l’Estuaire en 1998, un rassemblement informel, la création d’un pôle métropolitain n’est pas d’actualité puisque la possibilité n’existe tout simplement pas. Cela dit, une nouvelle loi sur la coopération intercommunale est alors en cours d’élaboration et sera votée dans le courant de l’année suivante. Le souhait du maire du Havre, à l’époque, est de créer une grande communauté urbaine de l’Estuaire. Ses contours ressemblaient à s’y méprendre à ceux du nouveau pôle métropolitain. Finalement, c’est la Communauté d’Agglomération Havraise (CODAH) qui verra le jour en 2001 accompagnée d’une dizaine d’autres communautés de communes.

Le pôle métropolitain est né

Antoine Rufenacht ne désarme pas puisque le comité perdure. Il la veut sa “super-CODAH”. L’actuel maire, Edouard Philippe reprend le flambeau en 2010 et parvient à un accord intermédiaire en 2012 avec les communautés de communes Caux Estuaire et de Criquetot L’Esneval pour élargir la CODAH. Seulement, le préfet de l’époque, représentant de l’Etat en Normandie et Seine-Maritime n’a jamais pris les dispositions pour que cette fusion se fasse d’après Edouard Philippe.

UNE BATAILLE POLITIQUE

Mais entre 2012 et 2016, la donne a changé. En 2014, le parlement vote la loi métropoles dans le cadre de la réforme territoriale et permet la création de métropoles et de pôles métropolitains plutôt semblables aux anciens syndicats inter-communaux. Le projet d’un grand territoire de coopération au sein de l’Estuaire de la Seine redevient une priorité. Le maire du Havre prend même la tête de l’Association pour la Création d’un Pôle Métropolitain dans l’Estuaire de la Seine (ACPMES) qui n’est autre que le comité des élus de l’Estuaire devenu officiel. Les élus composant cette association dépose leur dossier le 14 juin 2016 avec le résultat que l’on connaît.

“c’est une décision qui était attendue et espérée par les élus de l’Estuaire et qui a longtemps été retardée par des blocages incompréhensibles ou pour des raisons que je préfère oublier.” (Edouard Philippe)

Car en 2014, Le Havre est encore isolée politiquement. Passée à droite en 1995 dans une région essentiellement dominée par la gauche, la majorité municipale doit composer avec le département et la région aux mains du Parti Socialiste. L’élection de François Hollande à la présidence de la République en 2012 ne fait que renforcer cet isolement. C’est d’ailleurs au gouvernement que Edouard Philippe reproche l’échec de l’extension de la CODAH en 2012.

Métropole ou pôle métropolitain ?

Le gouvernement compte alors deux élus rouennais : l’ex-maire Valérie Fourneyron et l’ancien président de la Communauté d’Agglomération de Rouen-Austreberthe (CREA), Laurent Fabius, probablement soucieux de laisser à leur ville sa prédominance en Seine-Maritime et sa situation géographique privilégiée vis-à-vis de Paris. De son côté, Le Havre et son agglomération peuvent compter sur le soutien des intercommunalités Caux Estuaire et Coeur Côte Fleurie. C’est peu. Les élections municipales en 2014, départementales et régionales en 2015 changent. Edouard Philippe est conforté à la mairie du Havre ainsi qu’à la CODAH avec le passage à droite de Montivilliers, deuxième ville de l’agglomération et traditionnellement à gauche. Les départements de Seine-Maritime, de l’Eure, du Calvados et la Région suivront. Même Fécamp passe à droite alors que l’ancienne majorité socialiste socialiste, bien que favorable à la création d’un pôle métropolitain refusait toute fusion avec l’agglomération havraise au profit de la sienne. C’est donc avec un soutien politique territorial accru que le projet de pôle métropolitain de l’Estuaire a pu être porté.

UN PROJET A MINIMA

D’autre part, Le Havre est aussi enclavé géographiquement entre deux grandes villes que sont Caen et Rouen, elles-aussi socialistes. La CREA et l’agglomération caennaise obtiendront d’ailleurs leur statut de métropole et de pôle métropolitain respectivement dès 2015. Suite à une nouvelle loi votée à l’Assemblée Nationale en décembre 2016, sept nouvelles métropoles verront le jour en 2017 portant leur nombre à 22. Certains élus redoutent le risque d’empilement. L’Estuaire de la Seine dans sa forme actuelle avait (presque) tout pour obtenir le statut de métropole: 500 000 habitants, un poids économique national avec le port du Havre et une attractivité culturelle et touristique à fort potentiel sur l’axe Deauville-Le Havre-Etretat auquel on peut ajouter Lisieux puis enfin des clivages politiques restreints sur le territoire pour aboutir à un concensus de gouvernance. Mais sa proximité avec deux autres ensembles historiquement importants en Normandie profitant de leurs affinités politiques avec le gouvernement en ont décidé autrement.

QU’EST-CE QUI CHANGE FINALEMENT ?

Eh bien pas grand chose. Le pôle métropolitain offre un cadre juridique à la coopération entre les intercommunalités mais celle-ci existait déjà auparavant. Par exemple, la CODAH et Caux Estuaire avaient coopéré en 2012 pour développer la fibre optique sur les zones d’activité du Havre-Pointe de Caux. La seule véritable nouveauté est que cette coopération devient légitime au-delà de l’Estuaire, ce qui n’était pas évident auparavant. Mais le grand intérêt du Havre au sein d’une intercommunalité est qu’elle serait la plus grande ville donc avec le poids politique suffisant pour imposer sa vision (tiens, tiens…). Dans le cadre d’une simple coopération, Le Havre et la CODAH sont encore soumis au bon vouloir de ses partenaires… et aux variations du paysage politique hier espérés aujourd’hui redoutés.

Crédit photo: Philippe Alès, Hôtel de Ville du Havre, Licence Creative Commons 4.0 International

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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