., ECONOMIE / SOCIAL

PANIQUE SUR LE LOGEMENT SOCIAL !

Le logement social en sursis au Havre ?

6/11/2017 - Le budget 2018 du Ministère de la cohésion des territoires a enfin été approuvé jeudi 2 novembre au soir. Un budget qui prévoit notamment de fortes coupes dans le secteur du logement social. Attentifs à cette question depuis septembre, les communistes du Havre sont vent debout.

 

Lundi 30 octobre, le Parti Communiste (PCF) du Havre a décidé de passer à l'action. Dans le sillage de l'organe national, une pétition est lancée pour contester la baisse des aides au logement annoncée dès le mois de septembre. Le document doit être transmis en direct auprès des locataires via des campagnes de porte-à-porte. Objectif: sensibiliser les locataires sur les enjeux de cette réforme. Car pour Nathalie Nail, chef de file des communistes au Conseil Municipal du Havre, il s'agit "d'un droit essentiel". Mais la population en général ne devrait pas oubliée non plus. En effet, les communistes annoncent aussi plusieurs opérations de tractage jusqu'à décembre. Cette pétition sous cette forme est d'ailleurs propre à la Cité Océane. Nathalie Nail l'explique par la présence d'un "parc de logement social important". Un fait que le développement de la ville ces 20 dernières années a amplifié. L'idée est donc d'informer puis de compter sur la mobilisation de la population pour obtenir un recul.

Reconnaissons-le, Nathalie Nail a été l'une des premières à élever la voix sur cette question. Une première fois lors du Conseil Communautaire de l'agglomération havraise (CODAH) jeudi 5 octobre. Puis une secondes lors du Conseil Municipal du Havre lundi 16 octobre. Ce qui avait alors attiré son attention n'était autre que le rejet manifeste des bailleurs sociaux à l'égard de ce budget lors de leur congrès à Strasbourg fin septembre. Aujourd'hui, en compagnie de la conseillère départamentale communiste Sophie Hervé, elle le rappelle encore.

"Des élus de tout bord, tous les dirigeants d'office HLM, tous les acteurs du logement social toutes les associations de locataires ont dénoncé le projet du gouvernement et ont refusé de négocier sur ces bases. Beaucoup ont quitté la salle à l'issue de leur prise de parole"

Ces observations ont conduit à des questionnements lors des différents conseils. Le maire du Havre et président de la CODAH Luc Lemonnier ne voulait alors pas "crier avant d'avoir mal" et laisser sa chance à la négociation. De son côté, l'adjoint à l'urbanisme Florent Saint-Martin a prôné la vigilance sans pour autant "jouer à se faire peur". Depuis, rien n'a filtré au sein de la majorité.

LOGEMENT SOCIAL: MAIS KESKISPASSE ?

 

C'est la suite d'un long feuilleton dont l'opposition nationale veut s'emparer. En effet, un premier coup de rabot a été porté sur le logement cet été. Les Aides Personnalisées au Logement (APL) avaient alors été réduites de 5€ tous loyers confondus. 6,5 millions de personnes sont aujourd'hui concernées. Depuis, c'est au tour de du logement social seul de se voir confronté à une baisse drastique de ses crédits. Le gouvernement souhaitait réduire de 1,7 milliard d'euros le budget des aides au logement  pour les locataires HLM. Ce sont ainsi 50€ minimum par mois qui seraient retirés de ces aides. Une baisse compensée mécaniquement par une réduction du loyer en conséquence de la part des bailleurs sociaux.

A l'échelle du Havre, le directeur de l'office HLM de l'agglomération havraise Alcéane, Jean-Pierre Niot s'est confié au Monde le 28 octobre. Avec ces diminutions, il craignait alors de voir sa structure tomber dans le rouge en 2018 à hauteur de 500 000 € dans le pire des cas. Une situation que bon nombre d'offices pourraient connaître.

Les communistes n'ont donc pas attendu le vote final du budget opéré dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier. Dès le 30 octobre, le PCF du Havre était donc sur le pont pour présenter son plan de bataille exposé plus haut. Ok. Mais juste pour contester ou pour proposer une véritable alternative ? Le PCF espère faire entendre plusieurs demandes:

  • La suppression des surloyers
  • La suppression du mois de carence dans l'attribution des aides au logement
  • L'introduction d'une maîtrise publique via divers pôles financier et de la construction
  • Le plafonnement des loyers à 20% maximum des revenus charges comprises
  • Un budget logement à hauteur de 2% de la richesse nationale et une aide à la pierre de 40% des coûts de construction

La pétition va ainsi circuler jusqu'au mois de décembre. Celle-ci doit ensuite être transmise aux trois députés du département pour la porter à l'Assemblée Nationale. Juste à temps pour revenir sur la table de l'examen du projet de loi de programmation du logement social. Entretemps, des débats auront eu lieu sur le sujet à la fête de l'Huma Normandie a Grand Quevilly. L'un d'entre eux doit notamment mettre en valeur le député Hubert Wulfranc et un membre de la Confédération Nationale du Logement (CNL) les 25 et 26 novembre prochains.

LOGEMENT SOCIAL: "UNE ESCROQUERIE EN BANDE ORGANISEE"

 

Si une telle démarche est engagée, c'est parce que les inquiétudes sont nombreuses parmi les élus. Et notamment du côté de Sophie Hervé, conseillère départementale communiste.

"La question, c'est: 'pourquoi Emmanuel Macron s'attaque-t-il comme ça au logement social ?' En faisant ça, lui et son gouvernement ne répondent en rien à la crise. Il y a déjà des gens qui vivent dans leur voiture ou dans un garage"

Surtout que pour Nathalie Nail, même si 2,2 millions de locataire bénéficient d'une aide au logement sur les 4,8 logés en HLM, l'investissement est loin d'être à perte.

"C'est aussi un sérieux coup porté à l'économie et au secteur du BTP. Aujourd'hui, les bailleurs sociaux remplissent 25 à 40% des carnets de commande"

Pourtant, il semble bien que cette nouvelle donne ne soit indolore pour les locataires. En effet, la baisse des APL devrait être compensée par une baisse des loyers en conséquence. Toutefois, cette vision n'est pas sans risque pour la conseillère municipale du Havre.

"Bientôt, il n'y aura plus de mixité dans les logements sociaux. Comme ils vont mettre à mal tous les offices, ceux-ci vont être obligés de trouver d'autres solutions. Ils pourront être réticents à acceuillir des allocataires. D'autre part, ils devront faire des économies sur l'entretien. Enfin, si tout ça ne fonctionne pas, ils seront obligés de vendre au privé (...) et le risque, c'est que le privé s'organise pour"

Ce qui permet à Sophie Hervé de rencherir:

"Les parcs sociaux qui arriveront à survivre ne proposeront plus que des logements à bas-coût (...) Je pense qu'aucun gouvernement n'était allé aussi loin..."

Vendre, c'est justement ce à quoi espère aboutir le Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la cohésion des territoires. Car le dispositif existe déjà. Notamment pour revendre à divers locataires. Julien Denormandie expliquait ainsi au Monde, décidément bien sur les rangs, qu'il voulait passer de 8 000 à 40 000 ventes par an.

En attendant, des compensations ont été apportées aux bailleurs sociaux. Les premières propositions prévoyaient un étalement des emprunts dédiés à la construction et la rénovation. Finalement, c'est le dispositif de baisse lui-même qui sera étalé. Les loyers ne baisseront "que" de 800 millions d'euros en 2018, 1,5 milliards en 2019 et 1,7 milliards par an à compter de 2020. Quoique la hausse prévue pour 2019 sera bien atteinte dès 2018 grâce à un prélèvement de 700 millions d'euros directement auprès des offices HLM. Rien de nouveau du côté des emprunts donc... Une situation qui pourrait bien vite s'avérer problématique pour les collectivités locales qui les garantissent auprès des banques.

LES COLLECTIVITES LOCALES AU SECOURS DU LOGEMENT SOCIAL ?

 

Au moment où la pétition a été lancée, il était donc question d'étaler les emprunts sur trois ans. Une compensation qui ne semblait pas convenir à Nathalie Nail déjà.

"Même avec un étalement des remboursements, ce n'est pas sûr que les bailleurs sociaux puissent suivre. Leur budget est équilibre. Tous les bénéfices vont dans la construction et la rénovation des logements. Et les collectivités locales ne pourront pas rembourser à leur place"

Pour Sophie Hervé, les départements et notamment celui de Seine Maritime devront prendre le relais en tant que garants des solidarités.

"Les collectivités locales vont devoir encore supporter ça. Mais c'est la tendance malgré les baisses de dotations de l'Etat"

 

Pourtant, il y a une autre tendance qui s'est opérée depuis la fusion des régions: les transferts de compétences. Ainsi, le département de Seine Maritime a déjà laissé ses transports à la charge de la Normandie. Est-il envisageable de voir le Fonds de Solidarité Logement (FSL) acutellement départemental partir dans le giron de la Région au budget mieux armé ? Ce n'est pas une option pour la conseillère départementale.

"Il en est hors de question. La compétence première du département, c'est la solidarité. Elargir les territoires n'a jamais été une solution. Les gens veulent des élus de proximité qui les écoutent"

A ce rythme là, aucune solution ne semble vraiment se dégager. Peut-être en janvier lors du retour sur la table de la question du logement à l'Assemblée Nationale. A ce moment, on verra si l'entreprise des communistes au niveau local comme national a pris. D'ici là, les collectivités locales, villes , agglomérations, départements devraient aussi concocter un plan. Rien qu'au Havre qui comptait 36% de locataires sociaux en 2014 selon l'INSEE, les garanties de la Ville auprès des offices se chiffrent en millions d'euros.

Photo: Dslalybella, Quartier de Caucriauville, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported


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Maxime Malfoy

Maxime Malfoy

Maxime a dès 2011 fait ses armes comme journaliste dans une radio locale havraise. La politique et le social sont devenus ses sujets de prédilection qu'il s'amuse à observer et à analyser. Avec les faits et les dires comme base puis les gifs et les mots comme armes.

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