ESTUAIRE: METROPOLE OU POLE METROPOLITAIN ?

2/01/2017 – Quelle surprise d’apprendre la création du pôle métropolitain de l’Estuaire, le 20 décembre dernier ! Pourtant, dans liste des sept nouvelles métropoles qui seront crées en 2017, ni Le Havre ni l’Estuaire ne s’y trouve.

CONTENU EDITORIAL

Depuis le 1er janvier 2017, le nombre de métropoles françaises se porte à 22. L’Assemblée Nationale a adopté cette disposition le 16 décembre dernier. Ainsi, Dijon, Orléans, Saint-Etienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz et Tours        vont acquérir le statut de métropole. Et Le Havre aussi ? Non. Pourtant, la préfète de Normandie, Nicole Klein, a signé dans la foulée, le 22 décembre, l’arrêté permettant la création du pôle métropolitain de l’Estuaire. Seulement, un pôle métropolitain n’est pas une métropole.

UNE METROPOLE, C’EST QUOI ?

D’après l’article L5217-1 du code général des collectivités territoriales, une métropole est un Etablissement Public de Coopération Intercommunal (EPCI). Celui-ci doit représenter 400 000 habitants au sein d’une aire urbaine de 650 000 habitants (l’Estuaire en compte 625 000). En clair, il s’agit d’une intercommunalité comparable aux communautés d’agglomération et urbaines. Ce n’est pas un secret puisqu’il est bien spécifié que “la métropole se substituent de plein droit à toutes les intercommunalités existantes”. Même ses missions sont comparables: fonctions économiques, culture, éducation, social, écologie. La grande différence entre les métropoles et les intercommunalités précédentes réside surtout dans le fait que ces missions sont acquises de plein droit par les premières alors que dans le cas d’une communauté d’agglomération, par exemple, elles faisaient l’objet de négociations entre les villes concernées. Ainsi, la Communauté d’Agglomération Havraise (CODAH) gère les transports, la vie économique, la santé mais pas la culture dont la politique est laissée aux villes.

Le pôle métropolitain est né

PÔLE METROPOLITAIN : UNE SOUS-METROPOLE ?

Quelle est donc la différence avec un pôle métropolitain comme celui de l’Estuaire ? Là où la métropole constitue un Etablissement Public de Coopération Intercommunal unique, le pôle métropolitain est un regroupement d’EPCI gardant leur indépendance. Cette structure ressemble à l’ancêtre des communautés de communes, d’agglomération et urbaines: le syndicat mixte de coopération intercommunal. A ceci près que le pôle métropolitain permet de le réaliser à une échelle urbaine beaucoup plus élevée. Il a cependant des compétences dédiées comme le développement économique, l’aménagement du territoire, l’innovation, l’enseignemet supérieur, la recherche et la culture.

Un compromis politique et territorial

Le pôle métropolitain semble être une solution a minima quand on sait que l’ambition de l’ex-maire du Havre, Antoine Rufenacht, dès 1998, était de créer une grande communauté urbaine de l’Estuaire. En tant que ville centre et plus peuplée, Le Havre y aurait compté le plus d’élus. Dans le cadre d’un pôle métropolitain, la prédominance du Havre est toujours cantonnée à la CODAH qui devra faire avec les intérêts de onze autres intercommunalités. Cependant, le pôle métropolitain n’est pas une sous-métropole pour autant. Dans le cas de l’Estuaire, ça y ressemble, certes. Mais une métropole peut très bien faire partie d’un pôle métropolitain. La réforme territoriale initiée en 2010 et remaniée depuis 2014 incite les villes et intercommunalités à se rassembler pour être plus compétitives économiquement à l’international. C’est ce qui a conduit notamment au réduction du nombre de régions. C’est pourquoi la proximité entre le pôle métropolitain de l’Estuaire, de Caen et la métropole rouennaise donne l’impression d’un empilement aux velleités politiques divergentes. Cela dit, la coopération mise en place au niveau portuaire entre Le Havre, Rouen et Paris et la reprise du développement de l’Axe-Seine laissent la porte ouverte à une évolution prochaine du pôle métropolitain de l’Estuaire. Celui-ci ne serait alors plus un moyen d’exister territorialement mais un outil pour favoriser l’avènement du Grand Paris et de l’Axe-Seine.

Cela dit, la recrudescence des métropoles et des pôles métropolitains pose une autre question: qu’en est-il du citoyen ? Certes, leurs missions sont aussi sociales, sanitaires et mobiles. Mais l’ambition de l’Etat est clairement économique en permettant la création d’ensembles taillés pour faire face à la mondialisation. Alors que le schéma ville-intercommunalité-département-région était relativement cohérent, la réforme territoriale entend privilégier des intercommunalités au pouvoir et au territoire étendus perdant ainsi en proximité. Alors que la défiance de la population vis-à-vis de l’économie et de la mondialisation va grandissant, cette nouvelle organisaton semble aller dans le sens d’un isolement du citoyen toujours plus petit dans son environnement et face à ses institutions. Il n’y a plus qu’à espérer que l’économie revienne un jour à son service…

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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