LOI TRAVAIL: LES SYNDICATS CHERCHENT L’ELAN

22/09/2017 – La division des leaders syndicaux nationaux sur la loi travail laissait entrevoir un éparpillement de la contestation. Pourtant, la mobilisation du 12 septembre a montré le contraire. Les syndicats devaient donc transformer l’essai le 21 septembre. Mais le grossissement attendu n’a pas eu lieu

CONTENU EDITORIAL

Requinqués après une prise de température satisfaisante le 12 septembre, les syndicats ont dû être refroidis par celle du 21 septembre. Bien qu’elle ait rassemblé dans les mêmes proportions au Havre, elle n’a pas grossi comme espéré. Quant à l’échelon national, la mobilisation a même reculé selon les chiffres annoncés.

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UN ELARGISSEMENT EN TROMPE L’OEIL CONTRE LA LOI TRAVAIL

C’est toujours pareil quand on est sur une manifestation. A la fin, il y a 2 chiffres et il faut ensuite couper la poire en 2. En les attendant, on se contente de jauger. Peut-être que la différence de parcours a joué, d’ailleurs. Car à vue de nez, il semblait bien que cette manifestation du 21 septembre était plus importante en nombre avenue René Coty que celle qui a arpenté la rue de Paris le 12 septembre. Sûrement moins importante qu’attendu, certes. Mais plus importante quand même. D’ailleurs, cela semblait aussi évident pour Reynald Kubecki, co-secrétaire général de l’Union Locale CGT du Havre.

“Lors de notre départ à Franklin, on n’était pas si nombreux que ça. Mais c’est toujours comme ça lors d’une manifestation. Les portuaires nous ont rejoint ensuite. Comme d’autres d’ailleurs. Il y a plus de monde, c’est bien”

Seulement, à l’annonce des chiffres en fin de manifestation par le co-secrétaire de la CGT lui-même, ce n’était pas le cas. 10 000 personnes étaient présents selon les syndicats. Soit exactement le même contingent que le 12 septembre. Du côté de la police, la mobilisation a même été moins importante. En effet, elle annonçait 3 500 personnes en fin de manifestation contre 4 000 la semaine passée. Ce chiffre a même été revu à la baisse d’après certains confrères à 2 500.

DIVISION QUAND MÊME SUR LA LOI TRAVAIL ?

Dès l’annonce des syndicats, on se réjouissait pourtant “d’une élargissement de la contestation” chez la CGT et Solidaires. Car si certains présents ont déclaré forfait cette fois-ci, “de nouvelles têtes sont apparues” d’après eux. Ceci n’empêche que ces chiffres se sont confirmés au niveau national. En effet, tous les observateurs s’accordent à dire que les manifestations ont été moins importantes en nombre que la semaine passée. Dans les grandes villes du moins.

Pourtant, les manifestations ne sont pas l’enjeu majeur des syndicats, la CGT en tête. En préparation de celle-ci, Reynald Kubecki affirmait dès mardi leur rôle.

“Il faut montrer par le nombre qu’on est en désaccord avec cette réforme. La manifestation, ça sert à ça”

De ce point de vue, le 21 septembre a sérieusement écorné l’image de ce désaccord. Et ce alors que la mobilisation du 12 septembre laissait présager une montée en puissance. Une montée en puissance qui faisait dire à Solidaires que les syndicats étaient maintenant en guerre. Cependant, cette guerre ne devrait pas se traduire dans les manifestations d’après les syndicats. Mais là encore, un travail est à faire d’après Reynald Kubecki.

“La majorité n’est pas pour les blocages. Mais on nous demande aussi d’autres moyens que la manifestation pour se faire entendre”

Un problème de plus à l’heure où les divisions ressurgissent après avoir été balayées. En effet, plusieurs journées de mobilisation sont prévues dans les prochains jours. Quoiqu’elles le sont à l’appel de différents organismes et pour des raisons diverses et variées. Ainsi, la France Insoumise organise de son côté une grande manifestation à Paris contre la loi travail samedi 23 septembre. De leur côté, les routiers font la leur lundi 25 septembre avec peut-être des blocages à la clé. Les retraités ont déjà appelé depuis longtemps à se rassembler le 28 septembre contre la hausse de la CSG. Enfin, les syndicats de la fonction publique territoriale doivent descendre dans la rue le 10 octobre. Mais surtout pour défendre le statut des fonctionnaires.

ECHAUDES PAR LA PRECEDENTE LOI TRAVAIL ?

Sous-titre à sens multiple, certes. Mais celui que l’on préfère retenir n’est pas vraiment en faveur des syndicats. Car les manifestations du 21 septembre n’envoient pas de bons signaux à l’heure où les ordonnances sur la réforme du code du travail ont été ratifiées. Particulièrement au Havre qui voulait pourtant reprendre son statut de capitale de la grève acquis en 2016 contre la loi El Khomri. D’ailleurs, cet épisode n’est pas étranger aux difficultés rencontrées par les syndicats cette année. Un salarié de l’usine pétrochimique Chevron de Gonfreville l’Orcher l’explique.

“Le blocage de l’usine et des dépôts pétroliers est en discussion. Mais on est fébrile. Il ne faut pas oublier qu’on avait bloqué pour rien en 2016 avec toutes les équences que ça implique”

Côté étudiants aussi, on hésite. Du moins, on le ressent comme ça. L’UNEF assure qu’ils étaient une centaine dans la manifestation du 21 septembre. C’est plus semble-t-il que le 12 septembre. Mais sur le terrain, les grands moyens employés par le passé ne sont pas à l’ordre du jour. Valentin Druez (UNEF) a une autre stratégie.

“On ne prévoit pas d’assemblée générale étudiante pour l’instant donc pas de blocage non plus. On va aller à la rencontre des étudiants un à un pour expliquer notre démarche et les dangers de cette loi pour leur avenir”

Un peu léger quand on se souvient que les blocages de l’université du Havre s’étaient multipliés après 2006. Les réformes du CPE, de l’autonomie des universités et du statut des enseignants-chercheurs étaient passées par là.

Mais il faudra aussi laver son linge sale entre syndicats. En effet, il semble que, contrairement à leurs leaders nationaux, leurs bases soient toutes d’accord pour engager une lutte. CFDT et FO compris. Seulement, les avis divergent sur plusieurs points. C’est ce que laisse entendre Reynald Kubecki notamment à l’égard des routiers dont les mobilisations symbolisent souvent un durcissement du rapport de force.

“Je suis sceptique quant à l’apport des routiers car la CGT n’y est pas majoritaire. Chez eux, c’est plutôt CFDT et FO qui n’ont pas appelé à nous rejoindre lorsque les ordonnances ont été dévoilées”

Alors que l’intersyndicale havraise (CGT, Solidaires, FSU, UNEF) avait pour objectif de “se mobiliser plus vite et plus fort”, c’est bien l’attente qui semble ressortir de cette 2e journée nationale de mobilisation. Alors que la prochaine devrait avoir lieu le 25 septembre, tout l’enjeu pour les syndicats sera de rattraper le temps déjà perdu. Car les ordonnances, elles, n’attendent plus que le parlement pour être ratifiées.

Photo: Oui, c’est un vrai élan

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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