JEAN-PAUL LECOQ: “LE DEPUTE DU PORT DU HAVRE”

25/09/2017 – Des 3 parlementaires havrais, le communiste Jean-Paul Lecoq était le seul à ne pas s’être exprimé en cette rentrée. On est donc allé le chercher. Car les sujets d’actualité à l’Assemblée Nationale sont nombreux.

INTERVIEW

Agnès Firmin-Le Bodo a fait le choix d’une conférence de presse pour commenter la rentrée parlementaire. Puis ce fut au tour d’Agnès Canayer d’en profiter en marge de sa démission de l’équipe municipale du Havre. Mais au contraire des 2 membres du parti Les Républicains, Jean-Paul Leoq (PCF) est resté muet. “Parce que je n’arrête pas de dire les choses” répond-il. Reste maintenant à les faire entendre.

LECOQ VEUT LIER LE HAVRE A L’INTERNATIONAL

A lire: communiste ouvert ?

Le 18 juin, Jean-Paul Lecoq retrouvait un siège de député qu’il avait déjà occupé entre 2007 et 2012. Il y a même retrouvé sa place au sein de la commission des affaires étrangères. Quoique, cette fois-ci, elle n’était pas son 1er choix.

“J’avais souhaité la commission des affaires économique puis celle de l’environnement ou à défaut les affaires étrangères. Il s’avère que la Seine Maritime a ces 3 commissions. Mais on ne pouvait pas s’entretuer entre élus communistes de Seine Maritime”

Toutefois, si besoin, Sébastien Jumel (6e circonscription), Hubert Wulfranc (3e) et Jean-Paul Lecoq (8e) peuvent interchanger D’autant que ces les membres des commissions sont renommés chaque année. D’une certaine manière, ceci peut servir l’ancien maire de Gonfreville l’Orcher.

“Je l’ai dit et c’est comme ça que j’ai commencé mon propos devant le ministre. Je suis le député du port du Havre. Donc tout ce qui permettra de faire du commerce d’Etat à Etat, je le soutiendrai”

D’où l’intérêt de lier ces 3 sujets et d’avoir l’occasion d’intervenir dans chacune des commissions. D’autant plus que cette déclaration s’inscrit dans un contexte bien particulier.

LECOQ, TAFTA, CETA…

En effet, de nombreux débats ont eu lieu durant l’été à l’Assemblée Nationale. Et pas seulement ceux concernant l’habilitation du gouvernement à légiférer par ordonnance sur le code du travail ou encore la loi de moralisation de la vie publique.

“Avec le rythme qu’on a vécu jusqu’au mois d’août, on n’avait pas trop d’espace pour respirer (…) Puis les députés communistes n’ont pas quitté l’hémicycle. On est intervenu sur tous les sujets parce que nous avons été élus pour ça”

Ce rythme devrait s’adoucir avec la reprise de la session ordinaire début octobre. En attendant, les parlementaires sont toujours réunis dans le cadre d’une session extraordinaire. Cependant, les débats se sont enchaînés. Au niveau national, d’une part. Mais aussi sur des sujets en lien avec l’Europe et même le monde. C’est le cas des négociations sur l’accord de libre échange Europe-Canada (CETA) qui est entré en vigueur provisoirement le 21 septembre dans l’Union Européenne (UE).

“Je faisais partie de ceux qui étaient contre le CETA et le TAFTA (accord de libre-échange USA-UE NDLR). J’avais déclaré ma commune hors CETA-TAFTA lorsque j’étais maire. Mais on ne savait pas trop contre quoi on se battait”

Pourtant discuté depuis 2009 avec le Canada, cet accord n’a été rendu public que récemment. Fraîchement élu Président de la République, Emmanuel Macron a nommé une commission d’évaluation. Présidée par Katheline Shubert, enseignante-chercheuse à la Sorbonne, celle-ci devait donner son avis sur le contenu de cet accord. Ce qui a été fait mi-septembre au ministère des affaires étrangères en présence de Jean-Paul Lecoq.

“Pour la présidente de cette commission, ce traité n’est pas compatible avec les accords de Paris puis les COP21 et COP22 (…) Au bout du bout, on a donc compris que ce n’était pas très bon pour la santé publique, pour l’agriculture et pas conforme à ce qu’attendent les français”

La commission a en outre émis plusieurs réserves sur les conséquences de ce traité à l’échelle française.

LE PORT DU HAVRE COMME POINT STRATEGIQUE ?

Pour le député de Seine Maritime, tout le monde semble donc d’accord pour remettre en cause ce traité. Des syndicats d’agriculteurs au gouvernement en passant par les associations de défense de l’environnement. Et ce alors qu’il devrait peu concerner la France. D’ailleurs, les communistes et les insoumis ont saisi le Conseil Economique Social et Environnemental pour le suspendre le 20 septembre. Si rien ne change, la mobilisation s’organise pour organiser un référendum sur la question. Pourtant, cet accord a été anticipé récemment par le Grand Port Maritime du Havre (GPMH) via un partenariat conclu avec le port de Montréal.

“Madame Shubert dit dans ce rapport qu’il y a un risque. Mais que s’il y a des contrôles, on y arrivera (…) Puisque le rapport dit ça, le port du Havre peut être le lieu où sont effectués les contrôles. Surtout s’il y a une connexion avec Montréal”

L’ancien maire de Gonfreville l’Orcher est ainsi en 1ere ligne pour défendre des sujets qu’il connaît bien. Et s’il doit y avoir des contrôles au Havre, il va falloir revenir sur bon nombre de décisions prises ces dernières années. Par exemple, Jean-Paul Lecoq n’a jamais approuvé le manque d’effectifs douaniers et encore moins la fermeture du Sycoscan. Ce scanner permettait en effet de contrôler les containers arrivant sur le port.

“Si Le Havre s’équipe, réouvre le Sycoscan et met des douaniers en nombre, le port peut contrôler. Ce serait une façon de répondre à ce rapport qui dit qu’il existe un risque. Avec de tels contrôles, ce serait un moyen de les limiter. Ca fait partie des demandes”

Une façon pour le port du Havre de profiter de la situation. Mais aussi de faire valoir de nouveaux arguments face à ses concurrents du nord ? Quand on sait que l’un d’eux se trouve aux Pays-Bas (Rotterdam), certains propos prennent un peu plus de sens.

“Dès que vous avez du commerce extérieur, le port va en profiter. Mais sous quelle forme ? S’il se fait complice de la destruction de notre économie, notre agriculture et notre santé, ce serait un peu débile (…) Regardez les hollandais, ils ne contrôlent que ce qui reste sur leur territoire parce qu’ils ne peuvent pas tout contrôler”

Finalement, c’est très intéressant d’aller demander ce qu’il se passe à l’Assemblée Nationale. Surtout quand le territoire est au centre de certaines attentions sans le savoir.

Sur la photo: Jean-Paul Lecoq, député de la 8e circonscription de Seine Maritime