Le Havre : Moins de dépenses, plus d’assurance(s) ?

26/06/2018 - Le maire du Havre, Luc Lemonnier recevait la préfète de Normandie, Fabienne Buccio, lundi 25 juin. Objectif : concrétiser un accord voté en conseils au cours du mois écoulé. Les collectivités devront limiter leurs dépenses en l'échange de certaines garanties.





Moins de dépenses ???

L'Etat représenté par la préfète de Normandie, Fabienne Buccio, et le maire du Havre, Luc Lemonnier, ont donc signé un contrat. Très bien. Mais quel contrat, direz-vous ? Eh bien, c'est finalement très simple. La Ville du Havre et la communauté d'agglomération havraise acceptent de limiter leurs dépenses de fonctionnement.

STOP STOP STOP ! dépenses de fonctionnement ? Il faut savoir qu'il y a 2 types de budget : l'investissement et le fonctionnement. Le premier sert à construire les installations ou mettre en place les services. Le second sert à les faire fonctionner, comme son nom l'indique (matériel, rémunération des agents, entretien...). Ainsi, les collectivités locales dirigées par Luc Lemonnier ne devront pas augmenter leurs dépenses de fonctionnement de plus de 1,2% en 2018, 2019 et 2020. Le tout sachant que les prix du matériel augmentent chaque année (inflation), que les salaires peuvent être augmentés etc...

Certes, quand il s'agit d'argent, un imprévu peut vite arriver. Donc sait-on jamais... Cependant, ce contrat ne devrait pas changer drastiquement les habitudes du Havre et de la CODAH. En effet, le dirigeant des deux collectivités, Luc Lemonnier, assure que cette maîtrise des dépenses publiques est un engagement tenu depuis 2014. D'ailleurs, entre 2017 et 2018, ces dépenses de fonctionnement devraient baisser de 2,7% au Havre et augmenter de 0,8% à la CODAH si le budget est tenu. Dans les clous de l'accord, donc.

Toutefois, malgré cette concordance, on a du mal à voir l'intérêt des collectivités dans un tel accord. Car elles sont 322 en France à avoir été solicitées, celles aux budgets les plus fournis. Tandis que pour l'Etat, le bénéfice paraît évident.



Limiter les dépenses mais pas que...

Pourtant, si on écoute Luc Lemonnier, le bénéfice pour les collectivités locales est tout aussi évident. Et c'est ce qui a guidé le discours qui a précédé la signature du contrat.

"Ce contrat va changer les relations entre l'Etat et les collectivités locales. Avant, l'Etat baissait les dotations et les collectivités faisaient avec"

Car oui, il y a une contrepartie. En échange de cette limitation des dépenses de fonctionnement, les collectivités locales se verront assurées de conserver leurs dotations de fonctionnement par l'Etat. Une compensation non-négligeable d'après le successeur d'Edouard Philippe alors que ces dotations ont constamment baissé ces dernières années. Quoiqu'elles ont augmenté en 2018 au Havre. Ainsi, la Ville du Havre et la CODAH devraient pouvoir compter sur les mêmes versements de l'Etat dédiés au fonctionnement que ceux inscrits aux budgets 2018. Si la préfète de Normandie, Fabienne Buccio, a qualifié le discours du maire du Havre de "caricatural mais honnête", elle s'est aussi réjouie de ce contrat.

"Dans ces temps compliqués, nos concitoyens ont besoin de savoir où ils vont et ce que font leurs dirigeants"

De plus, d'après la préfète, ce contrat ne remet pas en cause la possible extension de la CODAH si elle intervient au 1er janvier prochain. Elle a assuré qu'un avenant serait signé pour la prendre en compte. Après tout, si une communauté urbaine élargie devait voir le jour, ce serait 10 millions d'euros en plus qui seraient injectés dans les caisses.

En d'autres termes, la confiance est de retour entre l'Etat et les collectivités pour les deux signataires. Et ce même si des pénalités sont aussi prévues en cas de non-respect de l'accord. Mais dans le cas inverse, Le Havre et la CODAH pourraient obtenir des bonus pour leur budget... d'investissement.

Mais tout le monde n'est pas de cet avis

Toutefois, ce type de contrat n'est pas salué par tous. En effet, il a été vivement critiqué par le Parti Communiste (PCF) lors des votes réalisés à la CODAH et à la Ville. L'opposition n'était d'ailleurs pas présente lors de cette signature. En effet, Nathalie Nail (PCF) a publié un communiqué rappelant que les collectivités locales ne sont pas en déficit au contraire de l'Etat. (Elles n'en ont de toute façon pas légalement le droit).

"Il s’agit en effet d’un diktat de l’Etat sur les collectivités territoriales qui vise à fragiliser un peu plus les services publics locaux, en mettant la pression sur les élus pour que les dépenses, donc les services, soient réduits sans discernement"

Les communistes havrais ne sont pas les seuls à s'opposer à cette signature. En mars dernier, les associations des maires, des départements et des régions de France déclaraient :

"la mise en place de ces contrats risque de conduire à une réduction des services à la population et à renoncer aux investissements puisqu’ils génèrent en moyenne entre 2 et 4% de dépenses réelles de fonctionnement supplémentaires les premières années"

Une observation partagée par les communistes du Havre et de la CODAH mais pas par le maire du Havre, semble-t-il. Le communiqué de Nathalie Nail se conclue donc :

"En apposant sa signature sur ce contrat, Luc Lemonnier valide sa mise sous tutelle par l’Etat. C’est une position isolée qui n’est pas à la hauteur des ambitions portées par la communauté havraise en matière de service public, d’autonomie et de développement"

Comme toujours, l'avenir dira qui a raison.

Sur la photo :  (de g. à d.) Luc Lemonnier, maire du Havre et Fabienne Buccio, préfète de Normandie et Seine Maritime.

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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