Le Havre : les gilets jaunes en assemblée citoyenne

Les manifestations ont beau perdre en participants, les gilets jaunes du Havre n’arrêtent pas le combat. En effet, une nouvelle stratégie est même à l’oeuvre depuis le début de l’année. Nous avons pu les rencontrer pour en savoir plus.



C’est un fait. Les manifestations de gilets jaunes se dépeuplent au Havre. A tel point qu’on s’était laissé dire que le mouvement s’éteignait peu à peu dans la cité océane malgré quelques irréductibles. Il faut dire que les échanges trouvés sur les réseaux sociaux confortent cette idée. Pourtant, il s’avère que le mouvement perdure sous une autre forme. Une forme qui ne plaira peut-être pas à tout le monde mais qui a ses mérites et à laquelle on a eu l’occasion de s’intéresser. Et toute occasion de savoir comment s’organisent les gilets jaunes est bonne à prendre. Surtout à l’heure où toutes les informations circulent…

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(De g. à d.) Emmanuel, Sonia, Fanny et Jean-Marc de l’assemblée citoyenne des gilets jaunes du Havre

“On a essayé de s’inspirer de Nuit Debout”

Mais alors, qu’y a-t-il donc de nouveau chez les gilets jaunes ? Eh bien ni plus ni moins qu’une organisation à travers des assemblées qui se tiennent tous les mardis. Certes, l’idée d’assemblées a germé très tôt chez les gilets jaunes du Havre. En effet, certaines se sont tenues pour imaginer des actions et préparer les manifestations. Cependant, pour Fanny, entre autres à l’origine de cette nouvelle organisation, il fallait fédérer autrement.

“Sur les ronds-points, il y a toujours eu des échanges mais c’était informel. Ensuite, il y a eu des assemblées générales sur des parkings. A un moment, même si ça a été compliqué sans lumière, j’ai commencé à prendre des numéros de téléphone”

De son côté, à mesure que les points de blocage étaient démantelés, Emmanuel a imaginé réunir les gilets jaunes en un lieu fixe pour organiser ces échanges.

“Dès mi-décembre, je suis allé sur les différents points de blocage et j’ai proposé un confort via une structure. Certaines personnes ont été perdues après avoir été délogées… Et comme je dispose d’un local de stockage…”

Ce local inauguré le 18 janvier 2019 a donc donné lieu à l’assemblée citoyenne des gilets jaunes du Havre. Un concept qui fait son chemin d’après Jean-Marc, membre de cette assemblée qui réunit environ une cinquantaine de personnes chaque semaine parmi environ 150 inscrits. Et ce alors que Le Havre était morcelé selon les points de blocage. Le tout dans l’esprit “gilets jaunes“, c’est à dire sans leader dit-on.

“Ça fait un mois. Ça a été vite mais on arrive à avoir une structure avec une doxa qui est d’éveiller les consciences (…) Quand il y a des textes de loi proposés, on se nourrit de lectures. On évite les fake news. On vérifie et on revérifie puis on va demander aux personnes concernées”

Un concept qui n’est pas sans rappeler “Nuit Debout”, du nom de ces rassemblements sur les places françaises au printemps 2016. D’après Emmanuel, ce n’est pas un hasard.

“On a essayé pendant un temps de s’inspirer de ‘Nuit Debout’. Pourquoi pas s’en inspirer encore à l’avenir ? Il y a des gens qui sont très bons pour taper le pavé, d’autres pour le lancer et d’autres encore pour l’écrire”

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“Colère et sentiment d’injustice”

Pourtant, malgré ces bonnes intentions, la colère s’exprime dans ces réunions d’après les membres de l’assemblée. Ce qui donne lieu à des échanges “assez crus” encadrés par une charte de bonne conduite. Mais elle est là et c’est ce qui rassemble les gilets jaunes d’après Sonia.

“Ce qu’on dénonce en commun, c’est la colère et le sentiment d’injustice qui s’expriment différemment selon les personnes mais qui créent un lien”

Mais une fois que l’ambition “d’éveiller les consciences” est là, la question se pose  de savoir le sens de cet éveil. Et Jean-Marc est le premier à comprendre parfaitement la question.

“On essaye de faire comprendre aux gens que, contrairement à ce que dit le gouvernement, nous ne sommes pas des racistes, des antisémites, des identitaires, des perdants comme dit Castaner (ministre de l’Interieur NDLR). Parmi nous, il y a des chefs d’entreprise, des personnes qui ont un emploi, qui ont des enfants et qui veulent les protéger”

Et pour cela, les échanges et les réflexions donnent lieu à des “missions” confiées aux membres volontaires. Celles-ci consistent en l’administration des réseaux sociaux mais aussi au tractage.

“L’ambition des tracts, c’est de créer du dialogue et des actions avec les salariés pour ne pas en faire des ennemis. D’ailleurs, les gens qui tractent dans la rue sont des héros. Ils argumentent, il expliquent. Ils ont le travail le plus ingrat mais aussi le plus productif” (Jean-Marc)

Cependant, cette assemblée citoyenne s’est aussi donnée comme rôle d’organiser les manifestations du samedi. Des manifestations qui perdent grâce aux yeux de beaucoup y compris parmi les gilets jaunes mais dont l’itinéraire continue d’être préparé chaque semaine ainsi que les banderoles.

“S’il y a quelque chose à retirer, c’est qu’être présent en manifestation n’est pas une priorité. Oui, c’est important pour montrer qu’on est là. Mais ce qui est vraiment important, c’est de réfléchir (…) Nous assumons totalement d’être qualifiés de bisounours parce qu’on considère que ce n’est pas par la violence ou en cassant qu’on se fera entendre (…) On préfère qu’il ne se passe rien”

En tout cas, les membres de cette assemblée sont convaincus qu’il s’agit du meilleur moyen de procéder pour faire vivre le mouvement.

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Le Havre pas si seule

Cependant, il ne s’agit pas là d’une entreprise isolée. Fin janvier 2019, une centaine d’assemblées de gilets jaunes se sont réunies à Commercy (Meuse) en “assemblée des assemblées”. Même si les revendications fleurissent localement selon les groupes formés, ce rassemblement s’est accordé contre les inégalités sociales. Mais aussi pour l’augmentation des salaires, minimas sociaux, allocations puis pour le droit au logement, à la santé et aux services publics gratuits pour tous. Ceci dit, l’union engagée ne s’arrête pas aux frontières françaises. Les gilets jaunes assurent être en contact avec d’autres pays européens comme la Belgique ou le Royaume Uni. En attendant, au niveau local, l’heure est aussi au rassemblement avec comme priorité de faire grossir cette assemblée des gilets jaunes du Havre.

“La suite du mouvement, c’est de rassembler les bonnes volontés. Ce n’est pas facile. On met en place divers moyens d’action. Quoiqu’il en soit, on est juste favorable à être ensemble”

Ceci passe par des appels mais aussi par de la sensibilisation et de l’explication. Par exemple, les gilets jaunes du Havre dénoncent le mercantilisme opéré dans le domaine de la santé, y compris dans les EHPAD. Mais ce n’est pas le seul point. Un mercantilisme qui ne s’arrête toutefois pas aux portes des établissements hospitaliers mais qui se retrouve aussi dans nos assiettes à l’initiative de grandes firmes agro-alimentaires. Enfin, c’est aussi l’écart entre le discours et les actes politiques qui est remis en cause. Pourtant, au-delà des revendications, les objectifs du mouvement ne vont pas plus loin d’après Jean-Marc.

“On n’est pas ambitieux ! Notre voeu le plus cher, c’est de raccrocher le gilet jaune, avoir un gouvernement éthique qui permet un niveau de vie décent à tous. Soit on est borné et obtus, soit on est trop conscient de ce qu’il se passe. Certains gilets jaunes continuent alors qu’ils sont à la limite du burn-out”

Et si les gilets jaunes actuellement “demandent à pouvoir manger” d’après Jean-Marc, ceux qui n’ont pas ce problème ont, pour lui, tout intérêt à rejoindre le mouvement.

“On aimerait bien faire comprendre aux gens qui sont dans leur zone de confort qu’ils n’y seront plus demain (…) Bientôt, il faudra payer pour tout dans un monde où l’on ne compte pas”

Il semble qu’un nouveau pan du mouvement des gilets jaunes soit en train de s’ouvrir. Et au cas où vous feriez partie des “bonnes volontés” recherchées du côté du Havre, il suffit de se faire connaître par email : [email protected]. Quant à nous, on reste aux aguets pour observer son évolution.

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Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 8 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
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