JEAN-PAUL LECOQ: COMMUNISTE OUVERT ?

25/09/2017 – Au-delà des idées qui sont défendues ou combattues à l’Assemblée Nationale, il y a aussi les querelles “internes”. Alors qu’il n’y a jamais eu autant de groupes parlementaires, la question de la division se pose notamment à gauche. Mais pour Jean-Paul Lecoq (PCF), tout n’est pas à jeter.

INTERVIEW

La division à gauche… Parmi les partis politiques comme les syndicats, c’est ce qui est pointé du doigt depuis le début de la législature. C’est notamment visible en cette période de contestation de la réforme du code du travail. Mais même sur les bancs de l’Assemblée Nationale, cette division s’est opérée avec la multiplication des groupes (communistes et ultra-marins, France Insoumise puis Nouvelle Gauche). Toutefois, cette situation était plutôt attendue à gauche contrairement à ce qui s’est fait chez Les Républicains.

PCF/INSOUMIS: CA VA MIEUX LES GARS ?

Les passes d’armes entre le Parti Communiste (PCF) et la France Insoumise (FI) avaient beaucoup fait parler pendant les législatives. Et ce bien qu’ils aient tous les 2 soutenu Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Il semblait donc évident qu’un groupe uni ne pourrait pas voir le jour. Pourtant, Jean-Paul Lecoq estime que ce n’était pas l’avis de tout le monde.

“Je pense que Jean-Luc Mélenchon était persuadé que les communistes ne pourraient pas faire de groupe de part leur nombre (…) Finalement, on a été en capacité de le faire grâce à des ultra-marins qui sont venus et qui ne voulaient pas aller chez FI”

Bon, le PCF estime que certains de ses candidats auraient pu être battus à cause des insoumis. C’est le cas de Jean-Paul Lecoq qui était opposé à François Panchout au 1er tour. Quant aux Insoumis, ils pensent que plus d’élus étaient envisageables avec le ralliement des communistes. Qui a raison ? Qui a tort ? Ce n’est plus vraiment notre problème. Le résultat est là: 2 groupes parlementaires. Cependant, cette situation n’a rien de catastrophique pour l’opposition à gauche. C’est du moins ce que semble dire le député de Seine Maritime.

“Je ne suis pas rancunier. Je serais même rassembleur (…) Je travaille très bien avec Clémentine Autain, Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin. De groupe à groupe, c’est difficile, oui. Mais d’individu à individu, on se parle beaucoup et on s’entraide”

Surtout que, apparemment, cette situation n’a pas que des mauvais côtés. D’ailleurs, ces bons côtés s’avéraient insoupçonnés avant d’être mis en pratique par la force des choses.

“2 groupes, c’est aussi 2 fois plus de temps de parole. Pour en avoir autant, il aurait fallu être 50 au moins. Là, on y arrive avec 40”

Enfin, 35 pour être exact. En effet, le groupe de la France Insoumise compte 18 députés là où la Gauche Radicale Démocrate (GDR) en compte 17.

JEAN-PAUL LECOQ: “UNE DIFFERENCE DE PERCEPTION”

Pourtant, on a bien l’impression que c’est la France Insoumise qui prend toute la place à l’Assemblée Nationale. Du moins, sur le terrain médiatique.

“Nous aussi, on communique. On souhaite le faire plus à l’avenir. 3 FI et 3 GDR se rencontrent chaque semaine pour échanger sur le sujet et s’organiser. Le rythme devrait d’ailleurs augmenter avec la reprise de la session ordinaire”

Ah, d’accord ! Le groupe GDR travaille tandis que les Insoumis s’occupent de rendre leur message percutant auprès des médias. On a bon ? Bien sûr que non selon Jean-Paul Lecoq.

“Ils travaillent aussi la politique. France Insoumise, ce n’est pas que de la communication. Est-ce qu’ils communiquent mieux que nous ? Oui”

Alors pourquoi a-t-on cette impression que communistes et insoumis ne s’entendent pas et ne le pourront pas de sitôt ? La faute des médias qui ne s’intéressent qu’aux tensions ? Peut-être pour le député de Seine Maritime (merci du compliment). En tout cas, ceci aboutit à un décalage préjudiciable en terme d’image.

“Il y a une différence entre la perception des gens et la réalité. Il y avait 5 députés FI à la fête de l’Huma. Tout s’est bien passé mais les médias n’en ont pas parlé (…) Les querelles ne sont pas essentielles. On a bien compris qu’on n’y arriverait pas sans s’unir”

Les médias ne sont pas gentils. Notre nature taquine ne nous incite pas à dire le contraire… Mais puisque (presque) tout se passe bien entre les personnes, il faudrait que cette bonne entente se répercute entre les groupes. A moins qu’il y ait quelques obstacles à ce rapprochement formel…

LECOQ PLUS HAUT DANS LA HIERARCHIE ?

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Quoiqu’il en soit, au sein du groupe GDR essentiellement communiste, Jean-Paul Lecoq semble se tenir en bonne place. Déjà considéré comme un homme fort du parti au Havre et en Seine Maritime, ce statut semble avoir acquis ce statut au sein de l’Assemblée Nationale. D’autant que le département y est bien représenté avec 2 autres députés (Sébastien Jumel et Hubert Wulfranc). Pourtant, d’après l’ancien maire de Gonfreville l’Orcher, ce ne sont pas eux qui en profitent le plus.

“La voix de Céline Brulin, notre secrétaire départementale, porte plus. Comme elle est à la direction nationale du PCF, c’est donc la voix de la Seine Maritime qui porte plus (…)  A tel point que ça surprend un peu. Mais c’est parce qu’il y a un travail de terrain constant en Seine Maritime”

Et ce malgré des “moment difficiles” dixit Jean-Paul Lecoq. De mémoire, comme ça, on peut parler de la 3e place de Nathalie Nail obtenue derrière Edouard Philippe et la liste socialiste de Camille Galap en 2014. Mais aussi la perte de la 8e circonscription par ce même Jean-Paul Lecoq en 2012 aux législatives. Pourtant, il l’affirme, les communistes de Seine Maritime sont là plus que jamais.

“Ca ne nous a pas démobilisés. Ca a été dur mais on a la chance d’avoir des militants courageux en Seine Maritime (…) Notre voix était déjà écoutée avant. Mais notre élection a donné du crédit à cette voix”

Toujours vivant, toujours debout, tadadada…

Photo: Clément Baillon, Microphones dans la salle de séance de l’Assemblée nationale française, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International