EN MARCHE, CE MOUVEMENT SI DEROUTANT

27/02/2017 – De meetings d’Emmanuel Macron en conférence de presse au Havre, En Marche dévoile petit à petit ses idées. Pourtant, on a souvent du mal à en saisir le but et surtout ses moyens de mises en oeuvre. Et si c’était ça le but ?

CONTENU EDITORIAL

En Marche... vers où ?

Le premier livre blanc de En Marche Le Havre a été dévoilé jeudi 23 février. Et voilà. Ne riez pas, c’est la 2e fois que Seinomedia commente l’actualité locale du mouvement d’Emmanuel Macron. Et c’est la 2e fois que, arrivé devant le clavier, vient la question: que dire ? Car la façon de faire d’Emmanuel Macron ne s’embarrasse pas vraiment de la clarté. On voit très bien où il veut en venir mais comment, c’est une autre histoire. Et pour son mouvement, c’est un peu la même chose. Pas de programme mais une vision; cette vision a un but mais elle a considère que les moyens d’y parvenir vont forcément changer en fonction des obstacles rencontrés. Cette méthode laisse plus de place au flou (et “quand c’est flou…”). Elle permet aussi d’éviter l’art du mensonge propre à un programme souvent surestimé et faisant fi des aléas. Est-ce que ça veut dire pour autant que la vision de En Marche est vide ? Bah non.

EN MARCHE AU HAVRE, ICI, AILLEURS, PEUT-ETRE

En Marche pour la santé au Havre

Le document sur la santé du mouvement d’Emmanuel Macron au Havre est révélateur de ce flou que l’on peut ressentir. Il est censé avoir été écrit par des membres du milieu médical havrais pour enclencher l’ancrage local de En Marche. Le Havre n’y est jamais cité. En soi, ce n’est pas grave même si l’annonce de ce livre blanc paraissait tout à fait justifiée du fait de la situation du Groupe Hospitalier du Havre entre autres. Finalement, ce document aurait pu être écrit pas des dijonnais ou des angevins, ça n’aurait pas changé grand chose à son contenu. Il s’agit d’un plan pour réformer le système de santé en ayant une approche locale des problèmes sanitaires. Mais cette réorganisation, profonde s’il en est, ne peut se faire que par le haut, au niveau national avec une réforme de l’Assurance Maladie, de l’hôpital, de l’enseignement, renégociation des tarifs… Pour faire court, si Emmanuel Macron n’est pas élu président de la République, il n’y a aucune chance que ce plan voie le jour. Or, l’ancrage local de En Marche est justement ce qui doit lui permettre de survivre si quelqu’un d’autre était élu. Sur ce point là, pour le volet santé, c’est raté. Et on pourrait presque dire qu’il y a eu mensonge sur la marchandise.

Le Havre se met en marche

MAIS LA VISION DE EN MARCHE, C’EST QUOI ?

Le document sur la santé publié jeudi 23 février s’inspire de la vision d’Emmanuel Macron. Ca tombe bien. En ce qui concerne la santé, on en sait un peu plus depuis cette semaine. Il l’a exposée à la Mutualité lors du Rendez-vous place de la santé. Et ce document a le mérite de proposer des pistes pour mettre en place cette vision quitte parfois à la contredire. Le candidat à l’élection présidentielle ne veut pas “dérembourser” des soins. Pourtant, les médecins auteurs du plan proposent bien de définir des priorités remboursées à 100% laissant les autres aux mutuelles. Vous voyez, on est bien sur le terrain national. D’ailleurs, la conception de ce plan est révélatrice en elle-même de la vision d’Emmanuel Macron. Rédigée par des médecins pour les médecins, elle est plutôt conforme à ce que le candidat avait déclaré à Nevers en janvier.

“Je crois que pour développer la prévention, nous avons besoin de faire confiance avant tout aux professionnels. Je leur donnerai la liberté de s’organiser de prendre des initiatives partout sur le territoire : contre l’alcoolisme des jeunes, les infections sexuellement transmissibles et les nouvelles infections”

A ceci près que le leader de En Marche propose dans un cadre défini par les Agence Régionale de Santé (ARS). De leur côté, les médecins havrais proposent tout simplement de les supprimer au profit d’Associations Territoriales de Santé (ATS). Pourquoi pas ? D’associations en commissions d’éthique, tous les organes locaux seraient gérés par des médecins, pharmaciens, infirmiers jusque dans les universités. En ce qui concerne l’Assurance Maladie, on n’est pas vraiment surpris de voir le tiers-payant et son contrôle sur les médecins disparaître. Des frictions poignent toujours au détour de diverses recommandations des Caisses Primaires d’Asurance Maladie (CPAM). Quant au tiers-payant, les médecins ont été vent debout contre sa généralisation finalement validée par la réforme Touraine en 2016.

QUEL AVENIR POUR EN MARCHE AU HAVRE ?

Ce document sur la santé est présenté comme local et ancré au Havre. En fait, il apparaît plus comme un recueil de propositions propres aux professionnels de santé. Certes, il s’inspire bien de la vision d’Emmanuel Macron mais ne s’arrête jamais sur des problématiques propres à l’estuaire ou à la région havraise. Pourtant, il y en a. C’est un premier rendez-vous manqué pour l’implantation de En Marche au Havre. Cela dit, le mouvement a encore le temps de se rattraper. Un document sur la transition énergétique et un autre sur le potentiel écologique du Havre doivent arriver au mois d’avril. Et on ne compte pas les élections. Oui, on a bien le temps d’arriver à une vision plus concrète (l’un n’empêche pas l’autre) et en phase avec ce qui est annoncé. Car, à terme, le flou d’une vision ne suffira peut-être plus à masquer certaines carrences.

Photo: LEWEB 2014 – Conférence – LEWEB Trends – In conversation with Emmanuel Macron – Pullman Stage, Creative Commons Attribution 2.0 Generic

Un petit partage ?
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Maxime Malfoy

Journaliste passionné, Maxime jongle entre radio, vidéo et presse écrite depuis 7 ans. Et pour ce tout terrain de 30 ans, l'important est de transmettre l'information en direct et sans filtre. C'est pour cette raison que Maxime a lancé Seinomedia.fr en janvier 2017.
View all posts by Maxime Malfoy →